31.03.2021

Pourquoi faut-il sauver les langues régionales ?

sauver les langues régionales

 

Les langues régionales font partie intégrante de la culture française et pourtant, on observe depuis plusieurs décennies une baisse considérable du nombre de personnes qui les maitrisent. On va même jusqu’à parler d’une probable disparition des langues régionales en France dans le futur. Alors comment en sommes-nous arrivés là ? Et en quoi l’enseignement des langues régionales est indispensable ? Décryptage.

 

 

Pourquoi les langues régionales tendent à disparaitre ?

Avant les années 1930, un quart de la population française parlait une langue régionale au quotidien. Dans les années 80/90, ce pourcentage est descendu à 3% seulement. Comment cela est-ce possible ?

À vrai dire, le déclin avait débuté dès les années 1880, quand les lois Jules Ferry, qui ont rendu l’enseignement public gratuit, obligatoire et laïc, ont également fait du français la seule langue en usage à l’école. Le but de cette réforme était de renforcer le sentiment d’appartenance nationale grâce à une langue commune. D’ailleurs, à cette époque, les élèves qui parlaient une autre langue que le français à l’école subissaient des réprimandes ! La transmission des langues territoriales entre génération a alors été largement freinée, à l’école comme à la maison, pour permettre aux enfants une meilleure insertion sociale et un accès plus facile aux études, car seul le français était exigé pour trouver un emploi.

Plus récemment, la mondialisation et l’uniformisation des standards culturels n’ont pas aidé à la préservation de nos langues territoriales. Leurs locuteurs se font de moins en moins nombreux et nous craignons une totale éradication de ces idiomes qui participent pourtant à la diversité humaine du pays.

Cette menace d’extinction des langues minoritaires n’est pas seulement vraie en France. Aujourd’hui, on estime que sur environ 7000 langues parlées dans le monde, 50% pourraient cesser d’exister d’ici la fin du siècle. En France, l’Unesco a classé 26 langues régionales comme étant en danger d’extinction. Parmi les langues menacées, on retrouve le breton, le corse, le picard, le lorrain, le languedocien, l’auvergnat, etc. Vous pouvez retrouver la liste complète dans l’Atlas mondial des langues en danger (2017).

 

 

Pour quelles raisons doit-on conserver la transmission des langues régionales ?

 

👉 Pour le développement des capacités cognitives

À l’époque des lois Ferry, on pensait que l’enseignement d’une langue régionale freinait forcément l’apprentissage du français pour les élèves, qui pouvaient mélanger les deux langues et de ce fait, n’en maitriser parfaitement aucune des deux… Depuis, des études scientifiques ont su prouver tous les bénéfices apportés par l’apprentissage d’une seconde langue dès le plus jeune âge. Maitriser une deuxième langue très jeune permet d’en apprendre d’autres plus facilement par la suite. Globalement, les élèves des écoles bilingues présentent des capacités cognitives plus développées, qui ont pour conséquence de meilleurs résultats scolaires dans toutes les matières.

De plus, la maitrise de certains dialectes locaux facilite l’apprentissage de langues étrangères. On peut facilement faire un parallèle entre l’alsacien et l’allemand, le Flamand et le néerlandais, le corse et l’italien, etc.

 

👉 Pour préserver l’histoire et le patrimoine culturel

Nul doute que les langues territoriales renferment des trésors d’histoire et de patrimoine culturel. En 2008 (oui, seulement !), la Constitution française a d’ailleurs introduit un article précisant que « les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France ».

Quand une langue disparait, ce sont des connaissances ancestrales qui s’envolent avec elle. Et ce n’est pas nous, Bretons et notre passé gaulois, qui allons dire le contraire !

Le ministère de la Culture a également mis en place une « délégation générale à la langue française et aux langues de France »  (2001), dont le but est d’inscrire les langues de France dans les politiques culturelles et de renforcer la diversité linguistique en France et dans le monde.

 

👉 Pour leur intérêt économique

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, il existe un intérêt économique à préserver les langues territoriales. On pense notamment au commerce entre l’Alsace et l’Allemagne qui est facilité par les nombreuses similitudes entre l’allemand et le dialecte alsacien. Idem pour les Basques et les Catalans avec leurs homonymes situés en Espagne. Et que dire de la région Bretagne, qui a réussi à faire de sa culture une marque plébiscitée dans le monde entier ?

 

Quelles actions prévues en 2021 pour sauver les langues régionales ?

Le 8 avril prochain, les députés vont se pencher sur la proposition de loi du député Paul Molac visant la promotion et la protection des langues régionales, face aux blocages de Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation Nationale et de la Jeunesse. Le texte de loi intègre notamment l’apprentissage immersif des langues régionales dans les écoles publiques, qui est jusqu’alors réservé à l’enseignement privé.

Pour donner du poids à cette nouvelle réforme, le député breton Paul Molac a fait appel à l’humoriste Simon Cojean pour réaliser une vidéo sur le sujet de la défense des langues régionales et récolter plus 100 000 vues ! Simon Cojean s’est alors associé à un autre humoriste, Sepi, pour le tournage de cette vidéo.

 

 

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