03.01.2021

Anglicismes au travail : vraie utilité ou danger ?

anglicismes au travail

Ils ont littéralement contaminé nos bureaux, parfois pour la bonne cause, d’autres fois par effet de mode. Une étude du Parisien précise en tout cas que 9 français sur 10 utilisent des anglicismes de façon régulière au travail, rien que ça. Les anglicismes sont bien sûr incontournables aujourd’hui et nous allons essayer de déterminer ensemble s’ils apportent un plus dans nos communications professionnelles ou s’ils représentent une forme de menace pour notre langue. C’est parti !

 


Touche pas à ma langue !

Quand on aime quelque chose, on a envie de le protéger. Alors forcément, les amoureux de la langue française veulent la préserver au maximum. Pour les puristes, les anglicismes peuvent donc constituer une source d’inquiétude, une forme de menace. Ils peuvent y voir un appauvrissement de la langue de Molière ou encore une cannibalisation du français par l’anglais. Dans cette vision, s’exprimer en français permettrait une expression plus fine et donc plus précise, plus subtile, là où les anglicismes ne seraient que raccourcis et fainéantise.

Certains pays ont d’ailleurs lutté ces dernières années contre la prolifération de ces anglicismes utilisés à outrance. D’abord l’Espagne via une compagne publicitaire humoristique qui met en scène des cas d’incompréhension avec des anglicismes mal utilisés. Ensuite l’Italie par le biais d’une pétition visant à imposer des équivalents italiens aux anglicismes qui gagneraient trop de territoire sur la langue italienne.

 

 

Une évolution linguistique naturelle

En France aussi le légal a essayé de s’en mêler. La loi Toubon de 1994 a essayé d’imposer l’utilisation du français au sein des entreprises. Cette même loi s’est heurtée à une réalité bien plus puissance : la mondialisation et la naturelle internationalisation des échanges qui en a découlé, et qui a ruisselé jusqu’au quotidien des salariés. Derrière les anglicismes, on peut donc aussi voir une évolution naturelle de la langue, corrélée à l’ouverture des frontières et à nos modes de vies de plus en plus nomades car ouverts à l’international.


Force est de constater que nous sommes connectés au monde entier et que nos façons de nous exprimer en ont été impactées (et pas forcément négativement d’ailleurs). Emmanuel Macron avait d’ailleurs donné le LA dès 2017 en portant le fameux « startup nation » lors de sa campagne présidentielle qui propulsa le modèle des startups au cœur de notre économie et l’anglais au cœur de notre vocabulaire. Même la sémantique des intitulés de poste a été revue à la sauce anglaise dans beaucoup de domaines et d’entreprises (nous reviendrons d'ailleurs sur ce sujet dans un prochain article). La langue française est pleine de mots qui ont une origine anglo-saxonne. Il est donc « normal » de retrouver des anglicismes dans nos discussions au bureau. Dans certains cas, ça peut s’avérer en plus vraiment pratique car certaines notions sont plus difficiles à exprimer en français qu’en anglais.


 

Une hype évidente autour des anglicismes

Derrière notre façon de nous exprimer et les mots que l’on emploie, il y a bien sûr un reflet social. C’est assez tendance de parler anglais, il y a un réel effet de style. Un peu comme le copain qui reprend dans un anglais impeccable Californication des Red Hot Chili Peppers en soirée devant les filles. Quand on maitrise une langue étrangère, ou lorsqu’on le laisse penser avec des anglicismes, nous avons non seulement une bonne estime de nous-même et l’image que l’on dégage aux autres est positive. La maitrise de l’anglais est synonyme de capacité intellectuelle et d’ouverture au monde, surtout dans un pays comme la France où la pratique courante de l’anglais n’est pas vraiment en avance.

 

 

anglicismes au bureau

 

Verdict Docteur : les anglicismes, c’est bon ou c’est mauvais ?

Si c’est utilisé avec parcimonie, et surtout si c’est compris par l’auditoire, ça passe très bien. Prenons l’exemple d’une équipe qui partage cette habitude pour les anglicismes, qui se reconnaît dans ces codes de langage et qui se comprend surtout très bien ainsi, cela ne pose aucun problème, au contraire. À l’inverse, si c’est exagéré, ça peut aussi très vite devenir ridicule. Et au-delà de ça, il faut bien s’assurer d’une compréhension homogène auprès de vos interlocuteurs. Mieux vaut un anglicisme qui fluidifie la discussion plutôt qu’un anglicisme qui la brouille. Attention à ne pas tomber dans l’apparence et les clichés de phrases qui ne veulent plus rien dire juste pour passer pour un Winner. Ce serait dommage de ne plus se comprendre pour un problème de langage alors que ce dernier sert précisément à nous lier les uns aux autres…

 

asap

 

Quelques exemples que vous reconnaîtrez forcément

Quel que soit votre avis sur la question, force est de constater que les anglicismes sont bien là, et il sera difficile de faire marche arrière sur cette évolution linguistique. Alors autant les comprendre et les utiliser du mieux possible. Voici donc une sélection des anglicismes les plus fréquemment utilisés dans différentes situations.

 

Quand tu es en réunion

« Bonjour à tous, je voulais rassembler la team (l’équipe) pour brainstormer (échanger nos idées) ensemble sur un projet. Je vais volontairement prendre le lead (mener la réunion) pour bien timer la réunion (respecter les délais) et vous présenter les principaux imputs (les informations à prendre en compte) et les KPI (Key Performance Indicators = principaux indicateurs de performance) visés ».

 

Quand tu es débordé

« Désolé Pierre-Yves, je te réponds ASAP (as soon as possible = dès que possible). Je suis complètement full (débordé) et j’ai un call (appel) important qui démarre dans 5 minutes donc autant te dire que c’est le rush total (la course contre la montre). Dès que je retrouve le mail en question, je te le forward (transferts) et comme ça tu pourras me partager ton feed-back (ton avis).

 

À la machine à café

« Ahhh ça fait du bien un petit coffee break (pause-café) parce que là je suis fulltime (tout le temps) devant les écrans. Tiens d’ailleurs je profite qu’on soit en one-to-one (seul à seul) pour te proposer de venir à l’after work de demain. Ça se déroulera dans la salle juste derrière l’open space (le grand bureau ouvert) et c’est l’event (l’événement) idéal pour networker (faire du réseau). T’es dispo ? ».

 

Quand tu lances un nouveau projet

« Tiens Antho, j’ai terminé mon bench (benchmark = veille comparative) et du coup j’ai rajouté la next step (la prochaine étape) du projet dans la To Do (liste des tâches à réaliser). Je suis parti sur un format très corporate (professionnel). Je t’invite à bien suivre le workflow (la procédure) défini ensemble histoire de bien rester dans les best practices (les bonnes pratiques). On attend toujours une réponse de la Direction pour savoir s’il y a un Go No Go sur le budget, dès que j’ai un retour je te fais un update de la situation (je te tiens au courant de l’avancée). Si besoin, on pourra mettre en place de l’incentive (une récompense) pour challenger l’équipe (créer un défi).

 

Maintenant que vous êtes au top sur les anglicismes, ça vous dirait d’aller un peu plus loin dans votre pratique de l’anglais et devenir vraiment bilingue ?

 

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